• Prix Bourdon – Alexia BLIN : « Politiser l’entreprise : Une histoire des coopératives dans le Wisconsin (années 1870 – années 1930)« , thèse de doctorat en Histoire et Civilisations, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales – Ecole doctorale 286, Centre d’Etudes Nord-Américaines/Mondes-Américains.

Alors que les historiens des États-Unis se sont longtemps concentrés sur le triomphe de la grande entreprise industrielle, le travail d’Alexia Blin s’intéresse à une forme d’entreprise différente, la coopérative, et à son évolution au tournant du XIXe et du XXe siècle. En prenant pour terrain l’État du Wisconsin, elle étudie la manière dont les fermiers, les consommateurs, les ouvriers et les agents de l’État se sont saisis des coopératives et en ont dessiné les contours, en en faisant un horizon permanent de réforme entre les années 1870 et 1930. En croisant les questionnements de l’histoire des entreprises et ceux de l’histoire politique, la thèse explore la trajectoire des coopératives et des coopérateurs et leurs rapports leur environnement économique. Elle entend ainsi contribuer à l’analyse des tensions entre capitalisme et démocratie qui traversent la société américaine lors de décennies caractérisées à la fois par de grandes transformations économiques et d’importants mouvements de réforme politiques et sociaux.

  • Mention spéciale – Ludovic LALOUX : « La betterave à sucre : essor agricole et industrialisation rurale. Réalités françaises et perspectives internationales : de Marggraf à Berlin (1747) à la conférence de Londres (1937)« , HDR, Université de Haute-Alsace.

Décisifs au XVIIIe siècle pour lancer la production du sucre de betterave, les encouragements des rois de Prusse demeurent moins connus que la politique saccharifère de Napoléon Ier qui relève d’une opération de communication politique. Le véritable décollage de la production du sucre de betterave s’accomplit vers 1828 au point, à la fin du XIXe siècle, de dépasser le volume du sucre de canne produit au plan mondial. Recherché à l’origine pour sa saveur, le sucre devient, au seuil du XXe siècle, essentiel pour la conservation des aliments, les fruits en particulier. La maîtrise de la production des graines de betterave s’avère essentielle pour dominer le marché du sucre de betterave, ce que la France néglige longtemps. Elle en paie les conséquences lors de la Grande Guerre. À l’issue du confit, la reconstruction des sucreries dans les terres betteravières s’illustre par une concentration de l’outil de production.

 

    • Prix Jeune chercheur – Sébastien THOBIE : « Inventer pour rendre un métier plus sain. La figure de l’inventeur dans le prix Montyon des Arts insalubres (1783-1871)« , mémoire de Master en histoire, Institut d’Études Politiques de Paris – Ecole doctorale en Sciences Po.

L’essor de l’industrie en France, et plus généralement en Europe, à la fin du XVIIIe siècle et au XIXe siècle s’accompagne de réflexions autour des conditions de travail. C’est ainsi que l’Académie royale des sciences crée en 1782 le prix des Arts insalubres, récompensant les inventions permettant de limiter les risques encourus par les artisans et ouvriers dans l’exercice de leur métier, remis dès l’année suivante et qui prend au XIXe siècle le nom de son fondateur, le baron de Montyon. La prosopographie des candidats à ce prix jusqu’en 1871 permet de mettre en évidence certaines logiques institutionnelles et des visions différentes de l’insalubrité. De l’inventeur, la littérature donne l’image d’un homme farfelu, isolé et incompris, mais souvent génial. Ces représentations sont parfois entretenues par les candidats eux-mêmes, mais derrière cette image de martyrs de la science se dessinent des sociabilités, des rivalités, des intérêts financiers. On peut distinguer deux profils parmi les candidats : l’inventeur praticien, homme de technique, et l’inventeur théoricien, qui vient au prix par le prisme de la santé. Néanmoins, ils sont unis par une conception positiviste de la technique qu’ils disent au service de l’humanité, se présentant ainsi comme les hérauts et les héros d’un progrès qui vient en aide aux plus vulnérables, tout en s’abstenant de toute entrave aux activités industrielles.